KitKatClub de Berlin à Paris : la Hell O’Kinky mêle électro, hédonisme et paillettes

KitKatClub de Berlin à Paris - témoignage

Pour organiser une soirée dans l’esprit du KitKatClub de Berlin à Paris, il faut transférer une ambiance si unique, aérée et décontractée à Paris avec ses espaces confinés et sous tension. C’est le défi que relève régulièrement JB BUDA, DJ et organisateur de la Hell O’Kinky aux Caves Saint-Sabin. Fetish, festive, inclusive, néo babacool la soirée emporte plus par son ambiance bienveillante, colorée et joyeuse que par ses interactions BDSM. Plus peace and love que piss and fuck ! Enfile ton string à paillettes, je t’emmène avec moi à la dernière édition Summer Bears.

J’ai découvert le BDSM par la fête et je me souviendrai toujours de la première fois que j’ai fait claquer mes talons hauts au KitKatClub à Berlin, un moment de magie absolu. Le club mythique mêle hédonisme, tenues fetish ou décalées, liberté sexuelle et musique électronique, dans un lieu spacieux, convivial avec deux dancefloors, larges sofas pour se vautrer dessus, piscine, le tout décoré de peintures psychédéliques et érotiques dont une réinterprétation de La Cène avec Jésus et ses apôtres que je te laisse imaginer, le tout dans une atmosphère respectueuse et bienveillante. Un art de vivre à la berlinoise très chill que je n’ai vu nulle part ailleurs.

JB BUDA, DJ français barbu néo-hippie et licornesque mixe régulièrement dans ce lieu fabuleux. L’année prochaine cela fera 10 ans que le bisounours fait homme, s’est donné pour ambition de recréer l’esprit du KitKatClub de Berlin à Paris. Alors est née la Hell O’Kinky. Et la joyeuse mayonnaise open mind a pris, l’évènement qui rassemble 300 personnes trois à quatre fois par an, est très couru, toujours sold out bien avant le jour J. Alors ce soir, vais-je retrouver la magie du KitKatClub de Berlin à Paris ? Mon excitation finit par avoir raison de ma retenue de peur d’être déçue. 

KitKatClub de Berlin à Paris Hell O kinky

Impatiente, je débarque aux Caves Saint-Sabin à 23h30 quasi à l’ouverture. À l’accueil, je remarque une grande réplique murale et lumineuse, clin d’œil à Hello Kitty, célèbre chaton kawaii. 

Je connais le velu qui vérifie les billets et distribue les bracelets ! C’est Greg le barman de La Nuit des K. Puis une femme charmante m’oriente dans un vestiaire qui contient déjà sept personnes en plein habillage. C’est le moment ou jamais de se rendre extra-ordinaire. 

L’occasion d’exprimer ses pulsions exhib quelque soit ton corps 

Dress code ultra fun de la Hell O’Kinky : “élégant.e, fetish, extravagant.e, travesti.e, déguisé.e, amour et paillettes, voire tout simplement nu.e ou en sous-vêtements” pour le côté naturiste allemand, Freikörperkultur (culture du corps libre). Le tout est de se sentir à l’aise et d’assouvir ses pulsions exhib. J’opte pour l’incontournable résille large, une façon subtile d’être nue sans l’être. J’ai ajouté une ceinture de chaîne pour le côté domina, sans oublier les cornes de diablesse rouges en strass, la petite touche régressive et indispensable. 

Je descends déposer mon sac au vestiaire. Et là, une jeune femme en jupe de latex fuchsia et soutif assorti style maillot de bain panthère avec une coiffe de dentelle, blague et m’indique aimablement qu’il faut laisser le téléphone portable. 

Je retrouve la Miss Clarissa Rivière que je ne présente plus, en tutu rouge et une couronne de rose, chaine dorée et perles dans les cheveux. Elle a fixé sur sa main un nounours bondagé “j’ai respecté le thème : Summer Bears”. Elle me présente quelques amis, j’en connais déjà : Crimson le lapin en laisse avec un pompon sur les fesses, j’ai comme une envie de civet ! Oh Éric ! Le soumis dont j’avais torsadé les tétons à foison ici même il y a un peu d’un an. Je vais pouvoir me défouler ! D’autant que j’ai avec moi mon petit sac à dos rose qui contient des pinces de toutes tailles, un paddle, un martinet, un bandeau pour les yeux, une sorte de “Domine en soirée”, variante du “Baise en ville”. Les fions des gentils chatons vont trinquer ! 

KitKatClub de Berlin à Paris - Maitresse Gladys

Les caves voûtées en pierre éclairées de lumière tamisée et décorées de feuillage en plastique, de voilage rouge et de guirlandes lumineuses, offrent une ambiance féérique et chaleureuse. Clarissa, grande amie de l’ordonnateur JB et habituée de la Hell O’Kinky, me fait visiter.

D’abord, des petites salles : un espace prévention avec distribution de préservatifs, une pièce dédiée au body painting et autre au shibari, équipée d’un tapis. Un premier dancefloor avec des tubes éclectiques de disco ou variétés des années 80, hum sympa mais ça ne fait pas très soirée KitKatClub de Berlin à Paris ça ! Dans des alcôves recouvertes de coussins moelleux, j’aperçois Missdactari splendide dans son déguisement de sirène, une robe pailletée bleue ultraserrée ? “Je ne peux ni la baisser, ni la lever. Pour faire pipi, ça va être pratique !” Elle porte une couronne assortie et nec plus ultra, de grosses pantoufles en peluche avec des têtes de licorne. Voilà qui devrait attirer comme un aimant les bisounours fétichistes. 

Clarissa me présente un certain Paolo, grand gars dans un style qui mixe libertinage et Teknival, si, si c’est possible, la preuve ! Bref, un fêtard et pas des moindres. Avec sa charmante femme Aza, il organise les soirées DelicatesSeM, décadentes, kinky et techno dont la prochaine édition aura lieu le 12 septembre, évidemment que j’en serai ! J’espère d’ailleurs, soumis lecteur, que tu prendras le risque de venir m’y retrouver. Bouge ton croupion !!!

Dans une petite pièce se tient un cabinet de massage de pieds. Une dame pétrit les extrémités d’une autre, plus en mode bien-être que fétichiste. À l’entrée un panneau indique “For love, not for sex”. Et le BDSM alors ? Preuve que le cute est soluble dans le kink, sur ma gauche, une croix de Saint-André toute rose avec le chaton Hello Kitty dessiné dessus invite à griffer quelques fessiers… À quand le plug Pikachu ?

Sexcorner sexpositif bien surveillé à la soirée parisienne inspiré de la célèbre boîte berlinoise

Je suis le couloir de pierre au sol inégal, je tangue sur mes talons géants. Des dessins acid-trip phosphorescents représentent entre autres un mec baisant une nana. À gauche, encore une alcôve, mais ne rentre pas qui veut : une angel avec sa casquette en strass tient la porte. “Là, c’est le sexcorner pour les câlins, pour avoir le droit d’y entrer, il faut être en couple et être actif, pas question de juste mater, ” me prévient Clarissa. Des câlins, c’est-à-dire ? Soyons précises. Du sexe, des cunnis, des pipes, des pénétrations, le tout selon les règles sexpositives autour du consentement éclairé. Cette histoire de backroom régentée, invite-t-elle au déjanté ? Si je puis me permettre, pour une soirée dans l’esprit KitKatClub de Berlin à Paris, ce n’est pas conforme. Chez les tétons teutons, il n’y a pas d’espace dédié, les gens peuvent baiser partout, ça ne choque pas et personne ne les dérange. Est-ce que cela signifierait que les Français ne savent pas se tenir ? Qu’il leur faut des règles sinon c’est vite le bordel ? Mais non, mais non, je ne peux y croire…

Le dancefloor techno ! Nous y voilà. Une grande pièce toute en longueur avec au bout la cabine du DJ décorée de gaines de néons rouges. Devant, sur un tissu, est marqué No Music No Life. J’adhère total ! À côté, une cage où plus tard deux chatonnes viendront se taquiner pour faire le show. Place au son, c’est l’orga JB torse poils (comme tous les bouddhas n’est-ce pas), qui caresse les platines, des beats qui chatouillent les chakras et décrassent les neurones. Et là, je suis transportée au KitKat ! Cette électro mélodieuse et énergique qu’on appelle la peak time, je ne l’ai entendue que là-bas. Et ce soir, tous les DJ qui œuvreront, mixent souvent à Berlin, capitale mondiale de la techno. Pour ta gouverne, lecteur soumis ignorant mais néanmoins curieux, l’Unesco a inscrit la culture techno berlinoise à son patrimoine culturel immatériel. 

KitKatClub de Berlin à Paris Hell O Kinky music DJ

J’ouvre les yeux et j’apprécie alors toute la succulence du dress code inimitable de la soirée dans l’esprit du KitKatClub de Berlin à Paris : barbu en corset, les fesses à l’air, un gars en chemise blanche de commandant de Marine, rien en dessous ou si peu, harnais de cuir, pirate, viking, licornes et sac à dos Pokémon ou encore une créature en combi léopard intégrale avec oreilles et museau. Et enfin, beaucoup bondage de mecs en bas et porte-jarretelles noirs chic, blancs ou en cuir… alors qu’une peluche non identifiable, bondagée façon shibari pend au plafond. Au milieu de tous ces mélanges aux styles improbables, tutti frutti, tutti frotta, je danse comme une dératée. Les énergies se mélangent, et font jaillir des moments de communion intense et de bien-être spirituel.

Des pratiques plus libertines que BDSM à la soirée dans l’esprit du mythique club berlinois à Paris

Je poserais bien mon séant histoire de chiller. Les matelas et nombreux coussins étant pris d’assaut, il reste les bancs autour de la piste de danse. J’en profite pour troquer mes talons vertigineux (j’étais bien la seule à en porter, pauvre folle !) contre des sandales plates. Jouissance des orteils ! Je tâterais bien du soumis… Comme la vie est bien faite, Éric, dont la poitrine fut ma victime par le passé, s’assoie à côté. Je lui montre alors le contenu de mon sac rose. Et voilà ce que me sort la vierge effarouchée : “comme vous savez, je suis switch, et l’ambiance de ce soir ne me donne pas vraiment envie de jouer, ou alors plus envie de dominer que de me faire torturer.” Qu’est-ce que c’est encore que cette flipette ??! Je fais les gros yeux. Il enchaîne : “je vous invite cet été dans le sud, dans ma nouvelle baraque, nature totale et spa. Là, vous pourrez exprimer toute votre créativité, chère Maîtresse !” Merci pour la proposition d’écraser tes boules dans les bulles, mais c’est maintenant que je veux m’amuser, bordel de cul !

Je me rabats sur les shows : du shibari avec la splendide Ruby Soho  suspendue au plafond. 

Ruby Soho performeuse Hello O Kinky
Ruby Soho

Auparavant, cette même performeuse en harnais de strass et cuissardes s’est passée des boules lumineuses sur le corps. Contrairement à toi, je n’y vois rien de graveleux mais plutôt l’esprit du sulfureux Festival Burning Man. D’ailleurs, on reconnaît ce soir les habitués de ce genre de manifestations, comme cette fille qui remplit sa gourde aux toilettes. Je discute avec elle dans la file d’attente, la vessie pleine à craquer de mon demi-litre de limonade (4€), le bar vend aussi des bouteilles d’eau à 3€ et bien sûr des alcools (10-12€). Encore l’esprit KitKat, les barmaids comme tout le personnel, se montrent d’une gentillesse surprenante à Paris, capitale pressurisée et arrogante. 

Je reconnais une petite bouille de jeunot à la coupe de cheveux seyante, et dont les fesses rebondies me donnent quelques vilaines envies. Il me répondra : “ce soir, on est plus dans l’extravagance que dans l’action !” Frustration !!! Cependant il est vrai que je n’ai quasiment pas vu de gens s’amuser à base de bâillon et cravache… peut-être un duo aperçu de loin sur la Croix de Saint-André, mais ça s’arrête là. En revanche, il y a la queue devant le sexcorner… enfin plusieurs du coup.

Dans la pièce dédiée au shibari, un couple se fait attacher dos à dos. Je repasse par le premier dancefloor qui a égrené les années 80 : Desireless, Partenaire particulier, Abba… C’est peut-être la première fois de ma vie, que je danse dans une telle tenue sur des rythmes kitchs.

Les gens apprécient la boom déviante, c’est blindé. Et malgré la foule, je ne peux que remarquer un jeune homme vêtu d’un simple string, un ours en peluche pour masquer le pubis. Eh oui ! Il fallait y penser.

Si la tonalité reste assez hétéro, la soirée s’affiche LGBT-friendly et all-inclusive. Sur la piste, une dame s’éclate en fauteuil roulant, le sourire jusqu’aux oreilles. Je retourne du côté de la techno, et je reconnais Dolce une connaissance croisée sur quelques évènements kinky, un ange en robe rose, gantée de noir jusqu’aux épaules, qui danse en s’appuyant d’une main sur une impressionnante canne à sucre géante : “c’est ma fierté, malgré qu’elle soit ma force et ma faiblesse en même temps. J’adore sa couleur, ses torsades. Bien sûr, certaines personnes veulent que je l’utilise autrement, mais j’y tiens trop pour prendre des risques.”

Nous discuterons jusqu’au bout de la nuit entre guerrières. Nous parlerons courage, résistance, combat. Il y a des rencontres qui colorent l’espoir et ouvrent d’autres horizons. Par les temps qui courent, faire la fête n’est pas un luxe, c’est un moyen de survie.

Photo : Daniel Power –  Les photographes présents étaient aussi très attentionnés. On ne plaisante pas avec le droit à l’image !

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