Qui est Clarissa Rivière, autrice érotique et discrète reine de la night kinky ?

Qui est Clarissa Rivière portrait

Je poursuis ma série des personnalités du BDSM. Aujourd’hui : qui est Clarissa Rivière ? Sous ses airs sages, elle n’en pense pas moins. La dame a écrit de nombreux textes érotiques : cinq romans, le dernier Chemins de soumission vient de sortir chez Tabou. Elle a aussi signé des tas de nouvelles, sans parler de son blog et de ses innombrables comptes-rendus des soirées BDSM parisiennes qu’elle arpente depuis plus de dix ans. Des mots qui m’ont donné envie de ressortir.

Je veux te présenter quelqu’une de chère à mon cœur, une grande amie à l’élégance discrète. Sa vie : écrire, lire et sortir. Clarissa me fait penser à une flâneuse du 19ème siècle, un personnage baudelairien ou encore une George Sand, qui adorait se fondre incognito dans la masse, se balader sans but, contempler, comme une douce résistance à notre société obsédée par les objectifs et la performance. Les foules anonymes de Clarissa Rivière, ce sont celles des soirées BDSM, techno, et parfois gothiques. Dans un bain de chaleur humaine, la noctambule s’oublie, guette l’inattendu, le singulier, le sentiment d’éternité. C’est ce que racontent ses comptes-rendus publiés sur son blog. 

“J’ai toujours aimé écrire aussi. Très jeune, trop jeune sûrement, j’ai découvert des livres cachés dans la bibliothèque de mes parents, dont le fameux Histoire d’O. J’ai reçu une claque !” me confie-t-elle entre deux tasses de thé, “mes fantasmes se sont emballés, et ils ont gagné en réalité avec la découverte des soirées fetish-bdsm bien plus tard.”

qui est Clarissa Rivière Nuit Dèmonia
à la Nuit Dèmonia

La parisienne est invitée dans de nombreux évènements “cuir cravache. Elle tient l’agenda mensuel des soirées kinky parisiennes que je scrute avec attention. Clarissa note une évolution de cette scène festive depuis quelques années : “La fin des confinements coïncide avec l’émergence des soirées techno LGBTQI+, surtout gay en fait, hyper accueillantes, inclusives, des soirées qui débordent d’énergie et nous emportent dans un tourbillon de musique et de jeux ! Suite au mouvement Metoo, les soirées sexpo explosent, les soirées kinky aussi, plus joueuses que les soirées purement bdsm. Je trouve que l’on s’enferme moins dans un rôle domina ou soumis, maître ou soumise, les switchs sont enfin à l’honneur !”

Qui est Clarissa Rivière ? Une jouisseuse de l’instant

Inclassable, c’est ainsi qu’elle se définit : je n’aime pas les cases et les étiquettes, je préfère laisser libre cours à mes désirs du moment !”

Illustration de qui est Clarissa Rivière avec cet extrait de son blog : “J’offre mes pieds à un fétichiste, un vrai, pas un soumis qui fait semblant d’aimer ça pour entrer en contact avec moi. Ses yeux fermés de plaisir tandis qu’il me masse les pieds que je promène sur son torse et que je porte à sa bouche… Un massage terriblement sensuel ! Nous sommes connectés, j’ai autant de plaisir à me faire masser qu’il en a à me masser, isolés dans une bulle d’énergie, plongés jusqu’au cou dans notre fétichisme.

Je me relève légère, ragaillardie, prête à danser toute la nuit, quand j’avise du coin de l’œil un dominant que j’aime beaucoup. Un dominant doux, sensuel, enveloppant, souriant. Je m’approche de lui, irrésistiblement attirée, il m’attire entre ses griffes en souriant, avec ses beaux yeux tendres et malicieux.” 

Elle ne suit que ses envies, profite de l’instant présent et incarne ainsi une liberté tranquille n’hésitant pas, s’il le faut, à poser sa limite avec politesse ou à marquer la distance. Sa présence rafraîchissante met du liant dans les relations, certainement en raison de son éducation bourgeoise.

Au fil des posts, le lecteur découvre alors qui est Clarissa Rivière. L’autrice partage aussi des tranches de sa double vie, ses lectures, films, séries, expos, balades dans Paris, sa vie de femme bien comme il faut, jamais les yeux dans sa poche quand il s’agit de reluquer la plastique masculine. 

Un mélange de Philippe Katerine et de Lady Chatterley  

Toujours d’humeur égale et polie, le sourire aux lèvres, Clarissa glisse sur les évènements même lorsqu’elle se retrouve aux urgences. Sur son Facebook, elle fait part de son intérêt pour le jeune et bel interne qui l’a prise en charge. Avec elle, rien n’est jamais grave, elle fait preuve d’un détachement protecteur certainement issu de son imaginaire foisonnant d’autrice de littérature érotique. 

En séance de dédicace à la librairie La Musardine en juin dernier

Nous y voilà, c’est peut-être le plus important pour comprendre qui est Clarissa Rivière. Elle est avant tout une autrice à l’imaginaire qui turbine. La femme de lettres a écrit de nombreuses nouvelles que tu trouveras pour certaines sur son site sous forme de feuilleton. Et surtout, elle a signé pas moins de cinq romans dont quatre sur le BDSM et le libertinage : Immersion (Éditions Elixyria), l’histoire d’amour torturée entre une Dominatrice et son soumis. Elle a cosigné avec Julie Derussy un roman érotico-historique : Le frisson de la cire sur ta peau (Éditions Bookmark) . Elle a ensuite enchainé sur Le Village des soumises (Éditions Tabou), qui se déroule dans un club de vacances dédié au BDSM. Et dernièrement elle vient de sortir chez la même maison, Chemins de soumission, je vais y revenir.

Encore plus que sur son blog, ses livres sont marqués par le décalage entre une fiction bien débauchée et son style délicat sans une once de grossièreté, jamais de “salope” ou de “grosse pute”. Certains diront cucul. Une chose est sûre : ses romans sont parfaitement fidèles à son personnage inimitable, fille cachée de Philippe Katerine et de Lady Chatterley.  

Ses maîtresses en littérature érotique : Pauline Réage, Anaïs Ninn, Régine Desforges, Catherine Millet… Elle ajoute “Aujourd’hui, je dévore Claire von Corda, Chloé Saffy, Emma Becker, Eva Delambre… et j’en oublie. Christophe Bier aussi, pour citer un homme dans cet univers de femmes !”

Le fantasme d’un maître à la fois sensible et excitant

Je reviens à Chemins de soumission, sa dernière oeuvre. Le pitch : deux randonneuses perdues, Nadia et Émilie, trouvent refuge dans un manoir un soir d’orage. Nicolas, le maître des lieux, les accueille avec empressement… et les initie aux jeux de soumission. Un peu cliché certes, mais je trouve ce livre particulièrement réussi et ce n’est pas parce que Clarissa est mon amie. Je le dis d’autant plus que le récit regorge davantage de femmes soumises que de Dominas. Le tout avec pas mal de pratiques libertines. En général, les histoires de maîtres qui se font sucer la pine à longueur de pages, m’ennuient profondément…

Et bien là, pour une fois, je ne me suis pas endormie une minute. On y ressent la fine observatrice du milieu BDSM et une réelle progression par rapport à ses précédents écrits avec des personnages incarnés, attachants et attachés aussi… La grosse innovation est sans contexte le jeune maître post-metoo. Avec ses soumises, Nicolas se montre empathique, bienveillant, à l’écoute de ses émotions et parfois même débordé par elles. Cette vulnérabilité assumée ne le rend pas moins sexy. Un tour de force dans un genre littéraire où l’excitation est souvent proportionnée à la toxicité. J’ai apprécié l’avant-propos sur la question du consentement qui distingue fiction et réalité. Plus loin, cet extrait où Nicolas donne à sa soumise un safeword, clarifie aussi très bien les choses : 

“Tu n’as pas à supporter l’insoutenable. Je resterai connecté à toi, je connais tes limites je pense, et certains signes de fatigue, mais je préfère savoir que tu l’utiliseras si tu en ressens le besoin, c’est compris ? Se forcer un peu, être forcée un peu, cela fait partie de nos jeux BDSM si cela procure du plaisir. Sans plaisir, c’est de l’abus. Je compte sur toi pour ne pas insister si le plaisir de te soumettre n’est plus au rendez-vous.”

La fin connaît un retournement bien jouissif et peu commun, je n’en dis pas plus !

Pour terminer, un petit cadeau pour toi soumis-lecteur, un extrait issu de Chemin de soumission, qui comporte quelques scènes de domination féminine dont celle-ci où Emilie, plutôt soumise, commence à avoir de nouvelles envies.

« — Couche-toi devant moi. Sur le dos. 

Emilie ôta ses talons aiguilles et posa ses pieds sur le ventre du soumis. Il s’en empara avec précaution et se mit à les masser, prêt à les lâcher si elle se fâchait. Émilie ne le repoussa pas. Ses pieds se détendirent, appréciant le massage. 

Elle ne perdait pas une miette du spectacle. Elle avait relevé son chiot, il se tenait à genoux à ses pieds. Sans s’en rendre compte, elle broyait son cou, ses épaules, de toute la force de ses mains, pour supporter cette scène, évacuer la tension qui l’oppressait

Ce soir, elle se sentait clairement dominante. La docilité de son soumis-chiot l’excitait et réveillait son sadisme. Elle le pinça fortement, consciemment cette fois. Il étouffa un gémissement et tint bon. Elle flatta sa croupe pour le féliciter et lui tendit sa main à baiser. Il s’en saisit religieusement avant de l’effleurer de ses lèvres en parfait gentleman, attendant la suite. Elle enfonça ses ongles dans sa peau tendre ; il avait la peau presque aussi douce que celle d’une fille. Il glapit, mais elle ne relâcha pas sa prise, absorbée par le spectacle

Nicolas remarqua le soumis à quatre pattes. 

— Mais c’est qui lui, qu’est-ce qu’il fait là ? 

— C’est rien, fit Émilie, avec un geste vague de la main.  

Le soumis frétilla de joie. Rien. Oui, c’était bien ce qu’il était, rien sans elle !  

— OK, mais tu es responsable de lui ! C’est quoi son nom ? 

Émilie se sentit coupable de ne même pas connaître son prénom. Sa réponse fusa, pleine d’assurance. 

— Poutou… 

Nicolas se leva, fouilla dans l’armoire où il entreposait des accessoires et sélectionna un martinet de cuir. Un martinet léger, pourvu de nombreuses lanières, parfait pour débuter.  

— Je te l’offre Émilie, une façon de te montrer mon soutien et te présenter mes encouragements.  

La jeune fille rougit de plaisir. Son premier martinet ! Elle manipula ses brins de cuir, les huma, les caressa, bouillonnant d’envie de le faire danser sur la peau nue de Poutou.  

Nicolas se mit à rire.  

— N’hésite pas à l’utiliser, il doit servir ! Tout de suite même, si tu veux.  

Émilie ne se le fit pas dire deux fois, elle se leva d’un bond et se rua sur Poutou. Le jeune homme comprit immédiatement en voyant le martinet, il se courba et présenta docilement son arrière-train, frétillant d’impatience. Sa maîtresse se révélait au grand jour ! » 

Le blog De Clarissa Rivière

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Chemins de soumission Clarissa Rivière

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