Soumis lecteur, j’ai décidé de te vendre bientôt aux enchères, comme ça tu profiteras à d’autres Maîtresses ! C’est tout à fait possible lors des Grandes Enchères organisées régulièrement à Paris par Madame M et Queen So (créatrices du fameux Dîner des Maîtresses). Dans cette vente fictive, ton lot sera d’être écoulé telle une marchandise, un animal ou un personnage imaginaire. Je te raconte la dernière édition à laquelle je viens de participer. Une soirée intense !
Pour se rendre aux Grandes Enchères, une Maîtresse doit-elle prendre le métro ou être véhiculée ? Étant donné l’enfer de la circulation à Paris, parfois il vaut mieux se mêler au peuple. Me voilà traînant ma petite valise à roulettes pleine de joujoux. Ma cravache dépasse, je me dis toujours que seuls les initiés la remarquent. Et quand un curieux finit par me poser la question, je réponds que je suis magicienne et qu’il s’agit là de ma baguette, ce qui s’écarte peu de la vérité.
Je t’emmène donc aux Grandes Enchères animées par Queen So, fondatrice de L’Obsidienne, organisation très en vue d’évènements sexpositifs qui visent “à dépoussiérer le kink et le rendre joyeux”. J’avais déjà testé son fameux Dîner des Maîtresses parisien. Le concept se décline à Strasbourg (13 mars) et à Lyon (24 avril), ou encore en langue anglaise (9 avril à Paris), pour travailler son accent tout en fessant des petits culs. Enfin, Queen So propose aussi des retraites “tantra BDSM” à la campagne.
Les Grandes Enchères 4ème édition ont lieu cette fois au Kink Study où il faut arriver à 20H. L’occasion pour moi, de découvrir la première école de sexualité créative qui a ouvert ses portes l’automne dernier. Je pensais que les locaux seraient un peu planqués, pas du tout ! C’est une boutique vitrée assumée sur le très passant boulevard Sébastopol. Une belle audace dans un climat politique peu propice à la gaudriole…
Je reconnais sous son chapeau noir aXelle de Sade qui accueille à l’entrée les participants. Bah oui ! forcément, c’est l’une des maîtresses des lieux. Elle m’indique un escalier qui mène à un sous-sol hors de la vue de la rue.
Ah mais c’est le jeune Coby ! Je lui avais torturé les roubignoles au Dîner des Maîtresses. Le garçon ne jouera pas ce soir, il est l’un des angels, personnes dédiées à la sécurité et au bien-être des participants. Il m’indique des vestiaires un peu sombres certainement pour préserver la pudeur. Ne voyant pas grand-chose, je me replie vers la lumière des toilettes. Là, je fais la connaissance de Morphée, brune en blazer avec rien en dessous, gaine dorée et pantalon en dentelle. La jeune femme se met du rouge à lèvre, elle me confie : “je suis un peu stressée, ça ne fait que cinq mois que je fréquente le milieu. J’ai commencé par des événements réservés exclusivement aux jeunes kinky”.
Arthur Vernon me claque la bise, ça fait une éternité ! Auteur et patron du Sweet Paradise, lieu de spectacles érotico-libertins. Toujours BG le Vernon… il me parle de la sortie de son nouveau livre Réconciliation, réhabiliter le sexe à l’heure du post-Metoo. (Éditions de L’Éveil). On pourrait croire le sujet ultra risqué, ascension face nord dans un froid glacial ! Mais les Grandes Enchères de ce soir devraient nous redonner espoir.
15 lots mis en vente pour 24 acheteurs aux Grandes Enchères
Coby nous fait tirer des morceaux de papier blanc, je les retourne. En fait, ce sont des faux billets avec lesquels je vais pouvoir faire mes courses, 255€ pas vraiment le pactole. Bon, va falloir se battre pour éviter les soumis de braderie…
En fait, les gens autour de moi, une vingtaine de personne, sont tous des acheteuses et acheteurs. Les quinze lots eux, sont arrivés en avance. Queen So en jupe et crop top de latex noir, nous invite à pénétrer dans la salle des ventes, une pièce toute en longueur et toute blanche à la lumière tamisée, simplement éclairée de lampes colorées de faible intensité et de bougies à pile. Après plusieurs rangs de chaises, la partie scène est déjà occupée par les futures acheté·e·s des femmes, des non-binaires et des hommes. Les potentiels acquéreurs passent parmi la marchandise pour un premier repérage. Je ne remarque aucune antiquité du fait d’une moyenne d’âge autour de la trentaine.
Les acheteureuses sont invité·e·s à s’assoir (encore un peu d’écriture inclusive pour agacer les vieux soumis-lecteurs). À son pupitre, Queen So s’apprête à jouer les commissaires-priseurs des Grandes Enchères, après avoir rappelé les règles autour du consentement “qui doit être éclairé et enthousiaste. Respectez l’autre et respectez-vous. Mot de sécurité : rouge.“
C’est parti ! Les lots défilent parfois auréolés de légendes extravagantes comme Josh, le dresseur déchu vêtu d’une veste de cirque et de plumes, puisque devenu bestiole suite à un mauvais sort.
D’autres affichent une réputation de mauvais garçon à remettre dans le droit chemin comme Virgile ex détenu en cavale vendu les yeux bandés avec son collier et sa laisse. Sans oublier les objets rares comme Mi-Mic le coffre ganté doté de conscience “fourni avec sa clef mais la serrure est parfois capricieuse : quelques coups seront parfois nécessaires pour l’ouverture complète.” 650 une fois, deux fois, trois fois, adjugé vendu !
La commissaire-priseur précise aussi si le lot conviendra à une femme ou à un homme, les pratiques possibles et les différentes fonctions comme pour Monsieur Blue, “un majordome qui se fera un devoir et un plaisir de toujours exécuter vos ordres et vos envies.” J’imagine l’excitation mêlée d’angoisse qui doit traverser les futures achetés. Rien de tel pour ressentir sa condition inférieure et lâcher-prise.
Soumises mutines pour dresseurs chevronnés
Les acheteurs qui fantasment sur des soumises rampant à leurs pieds, voient leurs espoirs douchés. Ces dames ont de sacrés caractères qui donneront du fil à retordre à ceux et celles qui tenteront de les domestiquer. Parmi les belles rebelles ou brat comme on dit dans notre jargon : une prostituée, une espionne rousse manipulatrice, une dragonne ou encore Elsa : vêtue d’un body, d’une longue cape et d’un masque à la Zoro, l’indocile reste nonchalamment assise. Queen So lui demande trois fois sans succès de lever ses fesses et de se mettre debout pour que le public puisse apprécier la marchandise. Les dresseurs vont en baver !
Parfois les enchères montent haut, parfois ça plafonne vite, dur dur pour l’égo ! Des gens se mettent à plusieurs pour acheter un lot ensemble. C’est ce que je devrais faire avec mon petit pécule… Sinon, je vais être bonne pour ramasser un invendu.
Queen So présente maintenant une curiosité : Oui-Ouille le pantin anti-stress “le lot idéal pour un passage à tabac !” Afin de séduire une charmante tortionnaire à la main leste, notre guignol porte un masque de Trump. Heureusement qu’il n’a pas opté pour la tête à Macron, on ne sait pas comment ça aurait fini, for sure !
Présenté comme un lot bas-de-gamme donné gratuitement lors d’une précédente enchère, le défouloir devrait être à ma portée. Mais contre toute attente, ça renchérit de partout ! Son prix s’envole à plus 500€ et Trumpy le punching-ball, me passe sous le nez. Oh ! Mais c’est ma copine de festoyade décadente, la redoutable géante Maîtresse Didi qui a remporté la mise. Très en retard, elle vient juste de débarquer. Son emplette va déguster.
Dans l’euphorie du shopping, Didi me donne tous les biftons qui lui restent, une belle somme ! Aurait-elle braqué la banque ? En tout cas maintenant, je peux me la péter à fond, renchérir comme une milliardaire, faire des folies sans compter ! Et là, je perds la raison : j’achète Nahui dit le Chat Shaman. Quelle idée ! Un matou, ça n’en fait qu’à sa tête. Ce soir, j’ai l’art de me compliquer la vie. Les angels me livrent l’animal avec ses oreilles pointues et ses griffes aux mains. J’ai aussi droit, comme tout acquéreur, au mode d’emploi avec kinks et limites de mon achat.
Les Grandes Enchères se poursuivent. Place à un certain Barbu, scribe de son état, maladroit et paresseux à tel point que la famille noble pour laquelle il travaillait, veut s’en débarrasser. Les enchères montent, et il me reste plein de pognon, alors je renchéris encore et encore. Didi convoite aussi le scribouillard ainsi qu’une certaine Princesse coiffée d’une couronne avec des piques. Déception dans les yeux de la jeune femme, c’est moi qui décroche le gros lot. Alors bon prince pour Madame Princesse, je lui cède l’écrivaillon à barbiche. Le visage de la dame s’illumine, elle me claque une bise pour me remercier. Je remarque que la gourmande avait déjà acheté un soumis sagement assis à ses pieds, son Altesse n’en a jamais assez…
Les enchères terminées, sans pause quasiment tout le monde se met à jouer. Il y a des matelas de vinyle noir partout au sol. Je m’assieds sur une chaise. Je consulte la fiche de Nahui, le fameux chat shaman. “Masse-moi les pieds !” Ce qu’il exécute plutôt pas mal. “Vous avez les pieds tendus, Maîtresse” miaule-t-il. C’est que ton massage ne suffit pas ! Je lui donne alors quelques coups de cravache, caressant ses fesses avec le bout, puis sans prévenir clac !
Le pantin Oui-Ouille nous apporte des jus de fruit, Maîtresse Didi force alors le maso à se déshabiller pour offrir à nos regards un short en similicuir et un harnais en cuir. Je rappelle que le tout est agrémenté d’un masque du président américain duquel jaillit toute la panoplie des phrases trumpistes pour exciter la Domina : “Make America great again”, “América First, “I will have Greenland”. Entre chaque provocation, Didi décharge son stress de la semaine à coups de poing, claques et pincements de tétons. La victime finit par enlever son masque pour respirer un peu. Sans blague ! Je reconnais cette bouille ! C’est Alexandre, la table à petits fours un peu bancale du Dîner des Maîtresses.
D’ailleurs à propos de la commissaire-priseur, voilà Queen So qui zigzague entre les matelas. Elle s’assure que personne ne manque de rien : “un peu de gel ? Un gant ? Un préservatif ?” Les non-équipés peuvent emprunter godes, menottes, bâillons, bandeau etc. disposés sur une table, à désinfecter à l’alcool après chaque utilisation, sinon ça va barder !
Recyclage de soumis au marché noir après les Grandes Enchères
Je saisis l’occasion de me ganter de latex et telle la vétérinaire, ausculte mon chat perché suite au léchage de mes pieds. Le félin ne rechigne pas à se faire doigter le derrière. La bestiole braille, se tortille et se frotte sur le matelas comme un possédé. Je réalise alors l’entourloupe : ce n’est pas un mâle mais bien une véritable chatte en chaleur que j’ai embarquée ! Armée d’un gode, j’encourage la bête qui ondule dessus. Ça doit faire une bonne heure que je suis vissée sur ma chaise. Inutile de s’agiter en tous sens ! Économie du geste et efficacité maximum, n’est-ce pas là, la quintessence de l’art de dominer ? Lorsque l’on tient ce rang, le monde tourne autour de soi. Enfin… surtout les fions…
Les fourmis finissent par chatouiller mes jambes. Je congédie Nahui qui rejoint alors le marché noir. Il sera refourgué à une dame qui l’enfourchera comme gode-à-pattes. J’ai aperçu une soumise en slip, jouer les objets sexuels après de bonnes fessées. Ce soir, le sexe dit “classique” est juste à sa place : une pratique parmi des dizaines d’autres.
Il parait qu’il y a une salle au fond, et j’ai envie de faire ma voyeuse. Et bien ça valait le coup de bouger mes fesses : c’est un véritable donjon ! Avec, s’il vous plaît : chaise d’immobilisation, table d’auscultation et croix de Saint-André en métal impressionnante. Une soumise attachée s’y fait fouetter par son acheteur avec un martinet fluorescent tandis que sur le canapé-bulle, un petit attroupement pratique un aftercare, ce moment de massage et de réconfort après des jeux gratinés. Il me semble aussi avoir repéré un pilori. J’ai raté deux jeunes femmes s’emballant dans un furieux match de lutte érotique.
Juste pour regarder, la plupart des gens demandent le consentement des participants à l’interaction. Une nouveauté dans les mœurs, et en même temps, tellement évidente.
Et voilà que sur un lit-banquette, je retrouve Princesse en train de jouer avec son scribe Barbu, à la roue de Wartenberg. Je ne connaissais pas ce modèle très agréable à manier, que je m’empresse d’essayer sur le torse du jeune homme. Son corps servira un peu plus tard d’écritoire couvert d’instructions par sa propriétaire, à exécuter à la lettre !
Princesse a congédié son second soumis, un certain Sacha, trop maladroit récupéré par Maîtresse Didi qui s’est vite délestée de son maso de président. Plus rien n’arrête ma copine de bringue qui tente maintenant l’éducation de la dragonne autant dire une maxi brat. Mais une fois que la confiance s’est établie, la démone laisse tomber la cuirasse.
Génération consciente et délurée
Partout ça exulte, ça rit, ça endure, ça jouit, ça se caresse… Il y a quelque chose de spirituel qui se dégage de notre manière d’être, comme une élégance et une dignité intemporelle. Ou peut-être est-ce là une façon de danser sur les ruines d’un monde pour en faire advenir d’autres ?
Il faut bien l’admettre : une partie de nouvelle génération apparemment plus désinhibée, n’a pas besoin d’alcool et autres substances modifiant le comportement, pour se laisser aller. Des jeux scénarisés comme les Grandes Enchères suffisent à briser la glace. Notamment grâce à #Metoo et ses débats sur le consentement, une société plus consciente émerge avec de nouvelles valeurs. Qu’on aime ou pas, c’est ainsi. Une chose est sûre : j’ai rarement vu des soirées où les gens jouent autant. Queen So me le confirme : “On pourrait croire que les fiches avec les pratiques de chaque participant et les règles autour du consentement cassent la spontanéité. Et bien, c’est l’inverse qui se produit : plus l’espace est sécurisé, conscient et consenti, plus les participants se lâchent.” Logique ! Et passé minuit, tout le monde se rhabillera exténué..
Mais nous n’en sommes pas là. Vlà que l’angel qui est aussi trafiquante au marché noir des soumis, me refourgue un certain Viktor, prêté à la communauté des Grandes Enchères, par aXelle de Sade. Un grand gars mince en robe longue fashion décoré ed’un corps de femme, cage de chasteté cadenacée depuis trois jours et une cagoule de latex décorée de chaînes minces dorées, personne ne verra son visage. Un bon gros maso, selon sa fiche. Parfait ! Je vais pouvoir me défouler sans retenue. Après lui avoir flambé le fessier à coups de cravache, je lui torsade les tétons. Didi se joint à moi et nous le harcelons d’atroces pichenettes et de claquages d’élastique en série. À chaque impact, Viktor gigote comme un asticot empalé sur un hameçon par ses pêcheuses, ce qui déclenche direct chez moi, un rire sardonique et libérateur. Une fois bien détendue, je tape la discute avec sa dresseuse Madame De Sade, ça fait longtemps… Rien de tel qu’un bon tabassage de soumis pour renouer.
Dans les sous-sols du Kink Study, les énergies continuent de diffuser adrénaline et endorphine. Abolition du passé et du futur, le temps ainsi absent dissout tous les problèmes. Après ces instants partagés non homologués, je quitte les lieux, plus tout à fait la même.
photos issues des évènements sexpositifs de Queen So
Voici Reddit le compte-rendu clair et synthétique d’un participant acheté qui complète bien mon texte.
Très beau récit qui donne envie !