C’est un ordre ! Si tu passes par le Festival d’Avignon (4-25 juillet), va voir Plaidoirie d’une soumise, un très bon moment de théâtre, un seule en scène où Solène Collin joue l’avocate et la soumise d’un Maître accusé aux Assises de violence par la justice qui s’est autosaisie. La soumise n’a pas porté plainte, et ne serait donc pas libre de vivre ses désirs comme elle l’entend.
Je viens de voir Plaidoirie d’une soumise, la dernière représentation parisienne au Sweet Paradise, élégant petit théâtre érotico-libertin. La pièce se compose de va-et-vient entre scènes de plaidoirie et scènes BDSM, à un rythme soutenu, très bien joué, bien incarné avec une grande sincérité. Solène Collin ne s’économise à aucun instant, portée par une belle écriture et une scénographie percutante et esthétique. Jamais je n’ai regardé ma montre, alors que je peux vite m’ennuyer au théâtre voire piquer un roupillon.
Tu vivras l’intensité des scènes de BDSM car le Maître n’épargne pas sa soumise demandeuse : séquestration en cage, fouet (sublime moment) sans parler de la vente aux enchères, et j’en passe… Il faut dire que leur relation semble tout à fait bienveillante et épanouissante, cadrée, le dominant se voulant surtout un guide pour accompagner la soumise vers un chemin de plaisir qu’elle a toujours voulu explorer. Seul son Maître la comble “il me fait toucher l’infini”, avec une attention de tous les instants : “personne ne m’a jamais comprise autant que mon Maître”.
Une relation idyllique “sans emprise” selon Solène. Pour ma part, en ce qui concerne mes séances, je préfère parler d’emprise encadrée, selon moi, il y en a toujours un peu et ce n’est pas forcément une mauvaise chose.
Plaidoirie d’une soumise interroge liberté de la femme et morale
Mais bon, le propos de Plaidoirie d’une soumise porte bien au-delà du BDSM qui n’est ici qu’un prétexte pour parler liberté des femmes de vivre leurs fantasmes même s’ils semblent dégradants, liberté de lâcher-prise, de devenir sujet désirant même si cela passe par sa mise en scène en tant qu’objet (tout le paradoxe subtil du BDSM). Le sujet divisera les féministes, un peu comme la question du travail du sexe. Et la pièce qui met les spectateurs dans le rôle des jurés, laisse le spectateur être d’accord ou pas.
Et si la soumise était un soumis, est-ce que l’envie pour un homme de se soumettre à une femme serait moins sulfureuse ? La morale bien-pensante en ferait aussi tout un fromage mais pour d’autres raisons : un homme doit dominer sinon ce n’est plus un homme, c’est un sous-homme (un peu facho notre système ? Mais pas du tout voyons…). Bref, le BDSM continue d’inspirer les artistes par sa capacité subversive qui révèle bien des choses du merveilleux monde dit “normal”.
Alors avec tes petites pattes de devant, réserve ICI pour Avignon et va voir Plaidoirie d’une soumise du 4 au 25 juillet au Verbe Fou, théâtre littéraire. Tu vas passer un très bon moment, et en plus, tu soutiendras une artiste courageuse.