Elena Séance IV : L’Arrière-Monde

arrière-monde transformation intérieure

Si tu as suivi la séance III, tu sais que ma balançoire bleue a tout fait basculer, bousculant la tête et les tripes de ma soubrette. Mais la métamorphose ne fait que commencer, Elena pense encore trop. Happée par la peur, elle cherche à contrôler, à comprendre, la petite orgueilleuse ! Pas simple de se débarasser d’un mode de fonctionnement qui a certes pu faire ses preuves dans sa vie passée. Sauf qu’aujourd’hui à mon service, Elena s’en trouve bien encombrée. Alors je persévère, ou plutôt je mère sévère, j’exige que ma maid cède encore et encore, puis je la plonge dans l’Arrière-Monde. Voici son récit : 

Durant plus d’une heure, je crus que la séance échouait.

J’avais oublié mes escarpins. Les coups restaient sans effet.

Là où j’aurais dû ressentir du plaisir, je ne trouvais que de l’inconfort.

Et tandis que Maîtresse Gladys poursuivait patiemment son œuvre, je commençais à me demander si je n’étais pas arrivée à saturation.

Je me trompais complètement. Ce n’était pas la séance qui était en train d’échouer.

C’était l’ultime barrage de résistance en moi qui commençait à se fissurer.

La Résistance à l’Arrière-Monde

J’arrive pour la première fois en retard, chose que j’ai toujours en horreur. Premier mauvais présage.

Drame absolu, j’avais en outre oublié mes escarpins. Second mauvais présage.

Je sais déjà que la séance va mal se passer.

Me voilà contrainte de déambuler dans une paire de mules noires un peu trop grandes pour mes pieds, régressant instantanément du statut de sissy confirmée à celui d’un jeune faon venant tout juste de naître.

La séance de maquillage sous son regard me redonne toutefois un peu de confiance. Le résultat semble lui convenir. Je bénéficie une nouvelle fois de ses conseils afin d’affiner encore le féminin en moi.

J’enfile aussi une nouvelle robe courte et transparente, dont le contact est d’une perfection exquise contre ma peau toute lisse. Je poursuis ensuite mon office de soubrette par la préparation et le service du thé. 

arrière-monde métamorphose soumis

Un massage appliqué de ses adorables pieds, aussi fins que froids, finit par détendre Maîtresse et me rassurer moi-même.

maid massage pied domina

Cette parenthèse de douceur est cependant brutalement interrompue par un rappel de mes manquements.

Outre mon engagement comme servante, j’ai depuis peu le privilège supplémentaire d’officier comme relectrice pour Maîtresse Gladys. Mon travail n’étant manifestement pas encore à la hauteur de son exigence, trois fautes ont réussi à survivre à une douzaine de relectures.

Sur l’échelle de ma Maîtresse, trois fautes équivalent à trente coups.

Direction la Salle des Supplices.

 

Je la suis avec l’obéissance d’un chien bien dressé.

Alors que mon esprit est embrumé par l’accumulation des mauvais présages, des erreurs et des signes d’échec, je me laisse mener puis attacher sans résistance sur la Croix.

Les coups s’enchaînent sans attendre.

Chaque fessée, chaque impact jugé insuffisamment sonore par Maîtresse n’est pas comptabilisé. Douze coups n’en valent parfois que quatre.

 

Mais le problème n’est pas là.

Il réside dans mon absence totale de réaction.

Mes fesses semblent anesthésiées. Maîtresse a beau redoubler d’application, aucun murmure, aucun sursaut, aucun frémissement ne vient répondre à cette succession de frappes.

Je pourrais simuler. Offrir au moins un gémissement de circonstance.

Mais non.

Dans mon éducation, feindre est une chose malséante.

La séance d’impact s’achève finalement sans que rien ne cède.

Maîtresse ne formule aucun reproche, ne laisse paraître ni agacement ni déception. Elle me détache simplement et me conduit sans transition vers la balançoire, source lors de notre précédente séance d’un plaisir aussi nouveau qu’intense et visiblement partagé.

Pourtant, tandis que je prends place, une question commence déjà à s’imposer à moi.

Y a-t-il encore un moyen de sauver cette séance ?

La Bascule

Enchaînée une nouvelle fois sur le sling, poupée suspendue hors du monde ordinaire, je prends docilement position, prête à satisfaire ma Maîtresse.

Après une brève interruption, elle revient des coulisses, se déshabille, enfile son harnais et remonte sur scène pour ce qui doit constituer le dernier acte.

 

Tout se déroule avec la patience et l’application qui la caractérisent. Pourtant, contrairement à notre précédente rencontre, rien ne semble fonctionner encore comme prévu. Là où j’espérais retrouver le plaisir intense découvert quelques semaines plus tôt, je ne rencontre qu’une douleur sourde dont je ne parviens pas à me détacher.

Les minutes s’allongent.

Un étrange silence chargé d’attente s’étend entre nous deux.

Je me surprends même à espérer que tout cela se termine bientôt.

Pourtant, elle persévère.

Elle poursuit son œuvre avec une détermination tranquille, comme si elle percevait quelque chose qui m’échappait encore.

 

Peu à peu, quelques éclats de plaisir commencent à émerger du brouillard. Timides d’abord. Puis plus rapprochés. Plus insistants. Toujours irréguliers.

La séance s’étire.

Les corps s’épuisent.

Je tente désormais de faire le vide dans mon esprit.

De m’évader ailleurs.

C’est alors que retentissent les premières notes d’Again, du groupe Archive.

Seize longues minutes, encore.

Je me demande comment je vais pouvoir tenir jusqu’au bout.

Maîtresse augmente le volume.

Et poursuit imperturbablement son œuvre.

Et c’est là que commence ma chute.

La Chute

Comme une porte qui refuse de s’ouvrir pendant des heures, puis qui cède soudain.

Ma vision part en premier.

Ma tête bascule alors que d’innombrables spasmes, d’abord discrets puis foudroyants, se propagent dans tout mon corps comme des ondes sismiques. Les couleurs se désaxent, le décor devient poreux puis se dissout. La voix de ma Maîtresse s’éloigne. Tout s’éloigne.

Comme si le monde extérieur se retirait lentement, à la manière d’une marée.

Alors je cesse enfin de lutter.

Les spasmes se généralisent. Mon corps m’échappe. Pourtant, aucune douleur. Au contraire, une extase diffuse m’envahit peu à peu, irrésistible. Si je devais mourir à cet instant, ce serait de joie.

Le temps se déforme. Mes pensées s’effacent. Le puissant cocktail chimique qui inonde mon cerveau emporte tout sur son passage.

Je ne sais plus si je suis triste ou heureuse. Je ne sens même plus les battements de mon cœur.

Je découvre un autre monde, l’Arrière-Monde. Un lieu sans géographie ni frontières où je me laisse porter, telle une nageuse épuisée, livrée aux courants. Je sombre toujours plus profondément dans cet étrange rêve éveillé.

Mon lâcher-prise est total.

Derrière mes paupières closes éclatent de silencieux feux d’artifice. Mon corps continue d’être traversé de décharges toujours plus intenses. Puis tout finit par ralentir.

Je dérive dans une paix immense.

Je suis suspendue dans une torpeur lumineuse, silencieuse, presque vide.

Presque.

Au loin subsiste encore la musique. Les notes planantes me parviennent étouffées. Je m’y accroche comme à un fil.

Puis je retrouve enfin la voix de ma Maîtresse.

Ses paroles me parviennent de nouveau tandis qu’elle libère avec douceur ce corps qui ne semble plus tout à fait m’appartenir.

Elle ne m’a jamais quittée. Elle est restée là, attentive, gardienne du fil qui me relie encore au réel.

Le monde se recompose lentement autour de moi.

Mon retour n’en est pas moins brutal.

Mes mains désormais libres griffent et labourent ma peau afin de retrouver mon corps, de me sentir vivante et de confirmer mon retour à la vie.

Les dernières convulsions s’espacent.

L’Arrière-Monde me manque déjà.

Je m’assois avec difficulté puis descends lentement de la balançoire. Maîtresse Gladys me soutient, me rassure, retire avec douceur mes porte-jarretelles, mes bas et les derniers artifices qui me rattachent encore à la séance.

Une étrange honte me traverse alors.

Que vient-il de m’arriver ?

Comment ai-je pu perdre à ce point le contrôle ?

« Vous êtes partie très loin, Elena. Vous aviez grand besoin de lâcher prise. »

Encore une fois, Maîtresse résume en quelques mots ce que je suis incapable d’expliquer moi-même.

Conclusion

Durant des mois, j’avais parcouru d’autres territoires, cherché d’autres réponses, suivi d’autres étoiles, traversé les nuits, les salons, affronté lionne et dragon.

Et lorsque l’aube est finalement revenue, je me suis aperçue que l’étoile que je cherchais brillait encore au même endroit.

Après avoir tant cherché à comprendre, vient un moment où comprendre cesse d’être nécessaire.

Un moment où je cesse de résister.

Un moment où j’accepte enfin la confiance qui m’est offerte.

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