“Cocktail & Fist”, c’est la nouvelle soirée fist mixte organisée par une passionnée, Madame Euphoria, dans un lieu tenu secret à Paris. Il faut bien l’admettre : il s’agit de la seule pratique qui permet à une femme de pénétrer un homme avec son corps et d’en ressentir bien du plaisir. Une manière singulière et pourtant si simple de baiser ou de faire l’amour ! Très convivial, l’afterwork permet de découvrir, de s’informer et bien sûr de mettre la main à la pâte. L’occasion pour moi de belles rencontres dont l’une déboucha sur un beau double-fist. J’ai aussi mené ma petite enquête sur le thème : le fist est-il spirituel ? Rien que ça !
La spéléologie à l’heure de l’apéro requiert une tenue confortable, quoiqu’élégante.
Me voilà parée de mes atours, en route pour l’afterwork du fion dans la berline de ma larbine, l’entrejambe encagé qui aurait bien apprécié m’accompagner. Et bien non ! Frustration !
Sur la banquette arrière, je feuillette quelques publications, notamment l’essai Fist (éditions La Découverte) du professeur de philosophie et écrivain sous le pseudo de Marco Vidal. La pratique extrême serait née dans Les Catacombes à San Francisco en 1975, club entièrement dédié et ouvert aussi bien aux hommes qu’aux femmes, aux homos et bi qu’aux hétéros. Une belle image d’œcuménisme pour ce lieu de légende surnommé “Le Temple du trou du cul”. La chose serait entendue : le fist-fucking serait l’unique contribution des modernes à l’arsenal sexuel, une affirmation qui selon moult commentateurs serait sortie de la bouche du célèbre intellectuel Michel Foucault himself ! Sauf que tout le bouquin s’attache à démontrer que le fist a toujours existé. On retrouve l’art de la caresse intérieure dans les écrits de Sade et même dans le Cantique des cantiques ! J’ai aussi remarqué en séance à quel point le fist pouvait nous mettre moi et mon soumis dans un état proche de la transe, alors que de l’extérieur, il ne se passe pas grand-chose. Une méditation du troufignon ou un voyage immobile en quelque sorte. Ce qui m’amène à cette interrogation : à l’opposé d’une image extérieure très trash, le fist est-il en somme une pratique très spirituelle ?
Coup de klaxon ! Le carrosse pile, je me cogne contre le siège avant.
– Pardon Maîtresse, la dame a traversé au feu vert.
– Tu devrais anticiper !
Pendant que la Parisienne, une sorte de Mamie la Castagne, lui fait un gros doigt, je tire le lobe de l’oreille de mon olibrius de chauffeur et le gifle.
Une pratique douce et romantique
Je claque la portière. Enfin ! Nous y sommes. Me voilà dans le fameux lieu secret qui accueille la soirée fist mixte. Nido, le soumis de l’organisatrice Euphoria, m’accueille et m’accompagne dans une pièce au fond avec plusieurs matelas de vinyle disposés au sol. Flotte dans l’air une odeur de Poppers éventé.
Là, je fais la connaissance de Madame Euphoria, trentenaire à l’air tout à fait réjouie, à genoux dans une élégante combinaison d’été verte, chaque bras dans un cul masculin (pas le même), et ceci jusqu’à l’épaule. Quelle belle entrée en matière ! « Salut Gladys ! Je te présente Paf et Biric, mes deux gourmandes ! »
Attablés, des gens de toutes générations dégustent des cocktails. Pour des raisons de confidentialité, je ne décrirai pas les lieux, sache juste que l’endroit est fort joliment décoré. Ce qui tranche avec l’apparente rudesse des poings fichés dans les popotins.
Je tombe sur Wilfried, le farfadet transformiste du vestiaire de la Nuit des K, adepte de la discipline de longue date : « pour moi, c’est une pratique douce et romantique. On n’est jamais aussi près du cœur de quelqu’un que quand on a sa main dans son cul. La scène Fist n’est pas la scène BDSM avec ses jeux de pouvoirs, on peut très bien pratiquer sans l’aspect domination / soumission, on parle plutôt de donneur et de receveur. » Pas faux, les quelques soumis qui viennent à mon donjon juste pour le fist ne sont pas très décorum et scénarios. Cependant, ils sont tenus de me vouvoyer. Ce soir, le protocole n’est pas trop à l’ordre du jour, l’ambiance est au tutoiement de toutes et de tous, pas question de jouer les culs serrés !
Une soirée fist mixte pour s’informer, partager et pratiquer
Ça y est ! Euphoria est remontée des précipices. L’occasion de causer avec la reine des abysses, naturelle et avenante aux manettes de ce premier “Cocktail & Fist”, seule soirée fist mixte à Paris : « depuis que les évènements ouverts aux femmes organisées par Juan Carlos de la Fistinière au Keller (boîte gay) ont fermé, il n’y avait plus rien. Avec Paf, on s’est dit bah plutôt que de se voir juste tous les deux, pourquoi on ouvrirait pas les portes pour transmettre notre passion, partager, que les gens puissent poser des questions techniques : Quels sont les risques ? Comment pratiquer en toute sécurité ? Comment faire un lavement efficace qui évitera les moments gênants ? Faut-il manger des aliments spécifiques avant ? Quel jouet utiliser en préparation ? On peut passer ici juste une heure avant le resto, ça n’engage à rien et c’est accessible financièrement (12 €). »
Euphoria a découvert le fist au hasard des rencontres vanilles parfois via Tinder sans passer d’abord par le BDSM : « J’ai mis un doigt à un mec, j’ai vu l’effet que ça lui faisait, incroyable ! Le plaisir prostatique de mon partenaire m’a donné un grand sentiment de pouvoir. On m’a parlé d’une femme qui mettait bien plus, et là, ça a fait tilt ! Je voulais essayer. Puis dans la foulée, j’ai découvert le BDSM avec d’autres pratiques encore. »
J’en profite pour caser ma fameuse question : et le spirituel dans tout ça ? Pour Euphoria, c’est évident : « Je vais donner, donner, je ne vais rien attendre en retour de la part du partenaire. J’explore lentement, sans parler, comme un massage de l’intérieur avec juste la chaleur, l’humidité du corps de l’autre, ses ressentis et les miens. Nous sommes dans une bulle, dans une communication non verbale, le monde autour s’arrête, le temps aussi. Le lendemain, je ressens bien l’état de fatigue. »
Me voilà de retour dans la salle de jeux de la soirée fist mixte qui rassemble une quarantaine de personnes pour cette première édition. Ah bah d’accord ! Wilfried le lutin tatoué n’a pas perdu de temps ! Le voilà à quatre-pattes en train de se faire fouiller le chakra racine par une jeune femme noire tout à fait enthousiaste. Wilfried écoute sa douleur pour mieux la contourner, et laisser sa donneuse s’enfoncer un peu plus.
Mais bon, difficile d’atteindre l’état de transe quand autour, l’ambiance joyeuse et jouissive génère un peu de bruit et d’agitation. Équipés de Crisco, la graisse végétale de pâtisserie, bien connue des aficionados pour ses qualités lubrifiantes (à ne pas confondre avec le dictionnaire des synonymes bien connu des autrices comme moi), d’autres avant-bras s’engouffrent dans des cavités demandeuses, des gens parlent tranquillement, sirotent des mélanges de jus de fruit plus ou moins alcoolisés, préparés (s’ils le souhaitent), dans un shaker enfoncé dans Paf. Oui oui soumis lecteur tu as bien lu : le gars remue son petit cul par des rétroversions d’avant en arrière, pour un mélange au poil. Impayable !
Damned ! Le jeune Coby est là ! Dans cette ambiance loin des conventions BDSM, pour la première fois je claque naturellement la bise au soumis. Bon bon, cela doit rester une exception n’est-ce pas. Sous ses airs bien sages, Coby en connaît un rayon, mais pas au point, ou plutôt au poing de se faire “manuculer” ou “poingler” (des termes inventés autrefois pour tenter sans succès une traduction française). Revenons à Coby, que fait donc ici le damoiseau ? « Je suis juste venu en curieux, pour faire évoluer mon regard sur la pratique. Je découvre des bons vivants à l’aise avec leur corps et c’est ça le plus impressionnant au final. »
À ses côtés, dans un style “executive woman” en lunettes noires, une jeune femme ne perd pas une miette des scènes mettant à l’épreuve l’élasticité de certains organes. Alixxx n’a que 22 ans, elle a commencé le BDSM à sa majorité et le fist un an après : « J’adore la sensation de pouvoir que j’ai sur un homme, de le voir se donner totalement et être complètement vulnérable pendant que j’explore l’intérieur de ses entrailles… ce n’est pas rien ! Je pense qu’on a difficilement cette sensation autrement. »
Un afterwork fist mixte ouvert aux homos, bis et à tous les genres
Toutes les générations se mélangent ici. Un jeune mec à la barbe en bataille et le regard pétillant débarque au bar et annonce direct : « Je suis venu pour me faire fister, c’est par où ? » Vingt minutes plus tard, le voilà les quatre fers en l’air, entrepris sur un matelas. Le goût des choses simples en somme que l’on croyait réservé aux événements gays.
Si “Cocktail & Fist” est une soirée fist mixte, toutes les sexualités sont les bienvenues. Un quadra bisexuel qui sait y faire prêtera main forte pour satisfaire le derrière… d’un homme hétéro. Selon lui, l’énergie, la connexion, l’absence de jugement font que l’on se moque un peu des codes : « Mon corps m’appartient et mes limites sont celles que je veux, pas celles imposées par le regard d’une société patriarcale ou hétéronormée. Ici, c’est comme sur une plage naturiste, il y règne une liberté totale qu’on partage avec d’autres. Savourer ce type de liberté n’a pas de prix. »
Je me retourne et je tombe sur une scène digne d’un numéro de cirque un peu spécial : le pied d’Euphoria vient de disparaître intégralement dans les profondeurs de son complice receveur Biric. Une jeune femme brune tout à fait intéressée de reproduire cela sur son partenaire pose des questions à Euphoria une fois celle-ci dégagée : « Le plus compliqué, c’est de passer le talon. » Des conseils de première main pour prendre son pied, avec précaution tout de même ! Dans le foot-fucking, j’avoue apprécier le côté chausson chauffant, moi qui ai toujours les extrémités gelées.
Quant à notre pantoufle du moment, Biric, le débonnaire quinqua plane total. Ce qui ne l’empêche pas de reluquer mes mains qui selon lui « en disent long ». Biric a des kilomètres de bras et de mains au compteur, il pratique depuis une vingtaine d’années : « depuis le décès de mon père, je ne pourrais pas expliquer pourquoi (…) Le fist est un plaisir incomparable à ce que l’on peut connaître, tellement c’est puissant. » Alors il progresse de quelques centimètres chaque année. Le côté « objectif pour sa lune » et la performance ne collent pas trop avec le spirituel… Biric soulève alors son kilt. Bien au milieu des fesses, au niveau de l’anus, il exhibe tout fier un tatouage représentant un vitrail de la Cathédrale de Metz, à proximité de laquelle il vit depuis longtemps. « C’est l’une sinon la plus belle de France. On la surnomme la “lanterne du Bon Dieu” en raison de sa surface vitrée la plus grande d’Europe avec ses vitraux de Chagall. » Cependant il a bien conscience que son hommage peut être pris pour une provocation. Alors Biric baisse son kilt, j’ai juste le temps d’apercevoir un prince Albert, de lourds anneaux de stretching autour des joyeuses et « un scrotum injecté de 300 ml de saline ». Un zeste de CBT ne nuit jamais !
Dans mon champ de vision, une certaine Faustine en guêpière et porte-jarretelles, une sorte de Mister Salope, la cinquantaine, attend son heure. J’ai discuté avec lui au début de la soirée fist mixte, il n’a pas tourné autour du pot de graisse végétale et m’a proposé cash d’aller explorer sa personne. Depuis, il s’est fait fister par le garçon bi. Pratiquant depuis 15 ans et ne manquant pas de rendre hommage à la femme « au doigté de magicienne » qui l’a déniaisé, Faustine compare la spécialité à un « sport sexuel très addictif, ce n’est jamais assez gros et profond… jamais assez de tout ! Et ceci de toutes les manières : douce, rapide, brutale, fist en largeur, en profondeur ou les deux pour les fisteuses ceinture noire ! Il faut juste en discuter avant ! »
Avec mes mains fines, j’ai bien envie de jouer aux marionnettes. À un autre étage, les lieux disposent d’une pièce feutrée où l’ambiance est moins bruyante, davantage au recueillement. Deux duos fisteuse/fisté sont déjà à pied d’œuvre, ou plutôt à main-d’œuvre.
Faustine me donne une paire de gants de chirurgie stériles assez épais, un pot de graisse et une gourde remplie de lubrifiant, puis se met à quatre-pattes. Nido, le soumis d’Euphoria, me tend une serviette à mettre en dessous pour ne pas salir le sol. Je m’enduis les mains de Crisco comme un athlète se talque et se concentre avant un exploit. Je caresse l’entrée puis j’enfonce les deux mains, je travaille la chair sans réfléchir, juste par intuition. Je considère chaque trou du cul comme une serrure unique dont il faut trouver la bonne combinaison. Je laisse mes doigts chercher et j’apprécie juste la douceur du toucher, je pianote ou je joue de la harpe. Faustine semble bien apprécier ce petit concert…
Le secret d’un bon fist : une tonne de lubrifiant !
Euphoria débarque en lançant des blagues, demandant quand même si ça ne dérange pas l’atmosphère concentrée. Elle est suivie de Kony très à fond dans la pratique même s’il s’est converti récemment. Comme il n’y a plus de place, il reste debout les jambes écartées et un peu plié pendant que Euphoria l’entreprend.
Mes mains jointes et toujours mobiles continuent leur exploration. Seulement voilà ! Je galère à faire passer les deux mains en entier. « Il faut bien ajouter du lubrifiant », me conseille Euphoria. Et effectivement, après, ça passe crème. Faustine et moi, nous ne faisons plus qu’un, plus qu’une plutôt. Instant de communion et de frisson, de râle pour Faustine. C’est là que je me rappelle à quel point la main, comme le pied, est symbole de pouvoir. Ne dit-on pas la main de justice, la main de Dieu ?
Je libère ma salope aux anges. Submergés par l’émotion, nous nous prenons dans les bras avant de remonter d’un étage. Faustine m’offre un excellent rafraîchissement à base d’ananas et me présente Emma, fisteuse de grande expérience. La dame a découvert les jeux de mains il y a une trentaine d’années au club Cris et Chuchotements où « un gay très ouvert venait s’offrir ». Depuis, Emma fiste à tour de bras : « Idéalement, je cherche un compagnon dans ma tranche d’âge, un peu zèbre et passionné par plein de choses pour partager une retraite coquine et ouverte… » Je passe le message. Pourquoi un tel engouement ? « Le fist est la seule pratique où la femme pénètre l’autre avec son propre corps. Contrairement au pegging, on ressent le partenaire autour de sa main. Cela peut être incroyable ou machinal, mais cela peut aussi être très émouvant. Depuis quelques années, il m’arrive parfois d’avoir des spasmes orgasmiques pendant le fist.» Avec Faustine tout à l’heure, j’ai ressenti un plaisir cérébral, difficile pour moi d’avoir des sensations physiques en public. Euphoria m’avouera plus tard : « quand je me retrouve seule, je me masturbe pour évacuer tout ce plaisir transformé en excitation. »
Une réminiscence alors me saisit, le souvenir d’un soumis avec qui j’ai passé de fort riantes après-midi, mais depuis banni, comme souvent cela se finit, c’est ainsi. Amateur de mes poignets et parfois de mes pieds bien logés, il m’avait écrit ces quelques vers :
« Je vous salue Gladys, qui me crachez dans la face,
La cravache est avec vous,
Je vous subis entre toutes les femmes
Et votre fist, au fond de mes entrailles, me ravit.
Sainte Gladys, Dame des vicieux,
Pluggez-nous, pauvres pécheurs,
Maintenant et jusqu’à notre petite mort.
AMEN. »
Photos signées Coby Drone